Paris, 5 novembre 2014.- Dans son rapport intitulé « Pour une nouvelle jeunesse » remis le 3 novembre au Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, M. Richard Ferrand, député PS, préconise de « permettre aux pharmaciens de pratiquer, sur prescription médicale, les vaccinations dont la liste serait arrêtée par le ministre chargé de la santé » 

Reprenant sans imagination les arguments du Ministère de la Santé, M. Richard Ferrand défend cette mesure en insistant, sur le fait qu’elle offrirait « un point d’accès supplémentaire, notamment dans les zones sous-denses » à la vaccination.

 

S’étonnant tout d’abord que M. Ferrand, pourtant cadre dirigeant de mutuelle, ait limité ses auditions sur ce sujet aux seuls médecins et pharmaciens, alors même qu’un Ordre Infirmier existe également, le Sniil, premier syndicat infirmier libéral, rappelle que :

  • on dénombre actuellement 57100 cabinets infirmiers libéraux contre seulement 22 635 officines

  • on compte 34 930 infirmières libérales exerçant en zone rurale ou semi-rurale de moins de 10000 habitants contre seulement 8891 pharmaciens.

 

En conséquence de quoi, l’argument présenté par M. Ferrand de se baser sur les seules officines pour offrir un point s’accès supplémentaire à la vaccination ne tient pas.

 

Pour autant, le Sniil se félicite d’un autre diagnostic réalisé par M. Ferrand : celui visant à encourager « toute délégation d’acte en faveur »…« d’autres professions paramédicales, chaque fois que les exigences de santé publique sont respectées et que la formation des professionnels le permet ».

 

Rappelant qu’en termes de vaccination les infirmières sont déjà, à l’inverse des pharmaciens :

  • formées et habilitées légalement à réaliser des injections et à en suivre les effets[1]

  • et, de plus, autorisées depuis le 27 décembre 2013, à détenir et injecter sur simple prescription orale d’un médecin du Samu une ampoule d’adrénaline[2], limitant de fait, les risques pour la population en cas de choc anaphylactique,

le Sniil tient à la disposition de M. Ferrand et du Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, l’ensemble des pièces qui permettrait de pouvoir élargir, par délégation ou non, le droit infirmier à vacciner. Cette mesure, déjà mise en place dans d’autres pays (Québec, Etats-Unis…), pourrait être, de plus, très rapide à réaliser puisqu’un simple ajustement par décret ministériel de l’article R4311-1 du Code de la Santé Publique suffirait.

 

N’osant pas imaginer que le droit à vacciner puisse être utilisé comme monnaie d’échange contre, par exemple, l’évolution de la procédure de vente des médicaments (également abordée dans le rapport de M. Ferrand), le Sniil s’indigne qu’encore une fois les infirmières et infirmiers soient totalement exclus d’un débat de santé publique. Eux qui, pourtant, représentent la profession de santé la plus importante de France, y compris chez les libéraux…

 

Contrairement à ce que demandait le Premier Ministre Manuel Valls dans sa lettre de mission à M. Ferrand, le débat politique autour de cette question de la vaccination est donc loin d’être « exemplaire »

 



[1]Articles R4311-1, R4311-7, R4311-5 et arrêté du 19 juin 2011

[2] arrêté n°AFSP1330194A signé par Marisol Touraine et paru le 27 décembre 2013 au Journal Officiel